mort.
J’ai attendu de longues années avant d’en adopter un moi-même. Je pressentais que cette expérience hors du commun aller impliquer une grande responsabilité, une attention de tous les instants. Ce n’est qu’il y a quelques années que notre chienne a rejoint notre famille. Il a fallu apprendre à lire son comportement et à gagner sa confiance, en adoptant une éducation qu’on voulait positive. Cette relation inter-espèce s’est construite au fil des mois et des ans, non sans doutes et frustrations.
Demeure cependant quelque chose, qui résiste en moi : un sentiment ambigu, qui m’interroge sur le principe même de la domestication. Une hiérarchie que j’essaie d’annuler en vain, un rapport de pouvoir qui est à la base de notre rencontre : j’ai choisi de l’adopter et pas elle. Qui suis-je pour décider de la vie d’un autre ? Est-elle vraiment respectée au sein de notre lien ?
J’ai voulu me plonger dans la complexité de cette relation, à travers une sélection de photographies de mes propres albums, ainsi que des images de La Conserverie, un lieu d’archives, Conservatoire National de l’album de famille. De ces images, je n’ai gardé qu’une petite portion : celle qui relie corporellement le chien et à son « maître ». En me focalisant sur la main qui nourrit, caresse, contrôle et gronde, j’ai exploré l’ambivalence de ce rapport qu’on voudrait égalitaire. La tendresse se mélange à la domination, la caresse à l’emprise. Ces photographies, provenant de familles et d’époques différentes, font état de multiples manières de considérer le chien, d’une connexion qui varie au gré des psychologies et de l’évolution des mentalités. Elles inventorient la manière dont on traite cet animal, les privilèges qu’on lui accorde, les libertés qu’on lui ôte. La place qu’on lui donne au sein de notre foyer.