Une vie
2024
FR.   « Une vie » est un leporello de six mètres de long, présentant une cinquantaine de photographies de ma grand-mère, de sa naissance à sa mort. Toutes sont extraites d'albums de famille, depuis lesquels j'ai isolé son visage, me concentrant uniquement sur ses traits.
Ce livre-exposition retrace la chronologie de la vie d'une femme née en 1948 et décédée en 2018. D'un siècle à l'autre, on peut observer différentes manières de se coiffer, de s'apprêter et de se tenir face à l'objectif, évoluant au gré des mœurs. Les précieux clichés réalisés dans le studio du photographe sont peu à peu remplacés par les annuelles photographies de classe, puis par une multitude d'images instantanées. Le corps se détend progressivement, elle est captée dans sa réalité du moment. Le grain s'affirme, le mouvement aussi. 
« Une vie » propose de se rapprocher du visage de cette femme. Un seul et même visage, qui se fait autre, masque démultiplié par le nombre de prises de vue, répétées chaque mois, chaque année. Entre les plis des pages, contempler les similitudes et les métamorphoses, les variations infinies qui font de notre identité un tableau sans cesse inachevé, en devenir. Deux éléments nous arrêtent dans cette lecture. En premier lieu, son regard. On en oublie presque qu'il ne s'adresse pas à nous mais au photographe, figure mouvante au fil des ans et des relations qui se nouent et se délitent. Être aimé, proche ou lointain, parent ou amant qui en est le destinataire et le donne à lire pour l'éternité. Il s'offre à nous et se refuse tout autant, se présente comme une énigme que l'on cherche à décrypter. La lecture se fait enquête.
Et puis, il y a ce sourire. Convention photographique qui donne une contenance, qui filtre le présent pour n'en garder que le meilleur. Derrière ce sourire se camoufle une réalité émotionnelle et psychologique qui échappe. 
La longueur de l'installation induit un déplacement, dans lequel le corps du spectateur est lui-même impliqué par cette temporalité. Le temps s'écoule au rythme de ses pas. Dans une lecture chronologique, le visage devient la surface sur laquelle la vie s'imprime, elle marque son empreinte à même la chair, jusqu'à sa disparition. Si l'on remonte la chronologie du livre, le visage se fait origine, matrice, essence de ce que la personne a été. Je la découvre telle que je ne l'ai jamais connue.

 
EN. ‘Une vie’ is a six-meter-long leporello, composed with around fifty photographs of my grandmother, from her birth to her death. All of them are taken from family albums, from which I have isolated her face, focusing solely on her features.
This exhibition book traces the chronology of the life of a woman born in 1948 and who died in 2018. From one century to the next, we can observe different ways of doing one's hair, dressing up and posing for the camera, evolving with changing customs. The precious pictures taken in the photographer's studio are gradually replaced by annual class photographs, then by a multitude of snapshots. The body gradually relaxes, and she is captured in her reality of the moment. The grain becomes more pronounced, as does the movement.
‘Une vie’ invites us to get closer to this woman's face. A single face that becomes another, a mask multiplied by the number of shots, repeated every month, every year. Between the folds of the pages, contemplate the similarities and metamorphoses, the infinite variations that make our identity an ever-unfinished painting. Two elements catch our attention in this reading. First, her gaze. We almost forget that it is not directed at us but at the photographer, a figure that changes over the years and the relationships that are formed and broken. Loved, close or distant one, parent or lover, who is the recipient and captures it for eternity. It offers itself to us and refuses us just as much, presenting itself as an enigma that we seek to decipher. Looking becomes an investigation.
And then there is that smile. A photographic convention that gives composure, that filters the present to keep only the best. Behind that smile lies an emotional and psychological reality that escapes us. 
The length of the installation induces a shift, in which the viewer's body is itself involved in this temporality. Time passes at the pace of their steps. In a chronological reading, the face becomes the surface on which life is imprinted, leaving its mark on the flesh itself, until its disappearance. If we go back through the chronology of the book, the face becomes the origin, the matrix, the essence of what the person was. I discover her as I never knew her.









© Lise Dua, Adgap, 2025