Les autres
2015-2017


FR. Ici les visages semblent faits de multiples couches, sur lesquelles on passerait le regard comme on le ferait d’un geste de la main pour les retirer une à une. Les visages des Autres nous regardent parfois ; d’autres fois ils en ont juste l’air ; certains ne nous remarquent même pas. Quoi qu’il arrive, si on les regarde suffisamment longtemps, ils semblent pouvoir emprunter les traits d’abord de ceux à qui ils appartiennent ; puis de celle qui les a photographiés ; puis de nous qui les regardons ; puis, de personne vraiment – et enfin, on en arriverait à se demander ce qu’ils sont, et même ce qu’est un visage. Les Autres  sont difficiles à compter : l’absence de visage, le reflet, la presque gémellité, rendent difficile l’identification certaine de chaque individu. Les Autres sont peu nombreux mais sont une foule : ils nous font face, se mélangent dans notre regard et notre souvenir, se ressemblent, nous ressemblent. À travers quatre photographies métonymiques et indicielles, Lise Dua semble parcourir les différentes façons d’être au monde et de s’en retirer, d’exister et de se dérober tout à la fois. Le visage, lieu par excellence de la singularité, de l’expressivité, du signe distinctif, devient flou, troublant, anonyme, multiple.

Extrait du texte Les visages-soeurs de Nina Ferrer-Gleize


EN. Here, faces seem to be made up of multiple layers, over which we would pass our gaze as we would a gesture of the hand to remove them one by one. Other people's faces sometimes look at us; other times they just seem to; some don't even notice us. Whatever happens, if we look at them long enough, they seem to be able to take on the features first of those to whom they belong; then of the person who photographed them; then of us who look at them; then, of no one really - and finally, we would come to wonder what they are, and even what a face is.The Others are difficult to count: the absence of a face, the reflection, the almost twin-ness, make it difficult to identify each individual with any certainty. Through four metonymic and indexical photographs, Lise Dua seems to be exploring the different ways of being in the world and withdrawing from it, of existing and evading at the same time. The face, the place par excellence of singularity, expressiveness and distinctive sign, becomes blurred, unsettling, anonymous and multiple.

Excerpt from the text Les visages soeurs by Nina Ferrer-Gleize







Vue d’exposition, Maison des arts plastiques de Rhône-Alpes, Lyon, 2018




Texte critique


Visages soeurs, Nina Ferrer-Gleize




© Lise Dua, Adgap, 2025