Extraits du texte ‘Les visages-sœurs’, de Nina Ferrer-Gleize

novembre 2018

“[…] ici les visages semblent faits de multiples couches, sur lesquelles on passerait le regard comme on le ferait d’un geste de la main pour les retirer une à une. Les visages des Autres nous regardent parfois ; d’autres fois ils en ont juste l’air ; certains ne nous remarquent même pas. Quoiqu’il arrive, si on les regarde suffisamment longtemps, ils semblent pouvoir emprunter les traits d’abord de ceux à qui ils appartiennent ; puis de celle qui les a photographiés ; puis de nous qui les regardons ; puis, de personne vraiment – et enfin, on en arriverait à se demander ce qu’ils sont, et même ce qu’est un visage.”

“Les Autres sont difficiles à compter : l’absence de visage, le reflet, la presque gémellité, rendent difficile l’identification certaine de chaque individu. Les Autres sont peu nombreux mais sont une foule : ils nous font face, se mélangent dans notre regard et notre souvenir, se ressemblent, nous ressemblent.
À travers quatre photographies métonymiques et indicielles, Lise Dua semble parcourir les différentes façons d’être au monde et de s’en retirer, d’exister et de se dérober tout à la fois. Le visage, lieu par excellence de la singularité, de l’expressivité, du signe distinctif, devient flou, troublant, anonyme, multiple.”

“Dans ce qui se dérobe dans les visages des Autres, il y a notre regard et celui de Lise Dua, nos multiplicités, nos dualités, notre impossibilité à nous regarder parfois et à chercher quelque chose de tangible du bout des doigts pour s’y raccrocher. Tout au long du roman, Rhoda cherche des visages auxquels s’identifier : « Je vais chercher un visage, un visage calme, un visage monumental, et je le doterai d’omniscience, et je le porterai sous ma robe comme un talisman ». Le miroir tenu à l’endroit du visage dans la photographie de Lise Dua est ce talisman, cet objet qui peut tout être et tout voir. Les yeux aveugles du garçon, le reflet de la jeune fille, les profils emmêlés du couple-jumeau, sont des attitudes dont on pourrait s’emparer comme des talismans, des façons de se regarder et de regarder l’autre.”

 

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À propos de la série Clara”, texte de Natacha Wolinski

novembre 2015

“Lise Dua répond au noir et blanc inquiet de Sarah Moon par la pâleur lactée d’images suspendues, elles aussi, aux rêves d’enfance. A tout moment, le merveilleux peut basculer dans l’étrange. Il suffit d’un voilage, d’une mappemonde, d’une lumière d’aurore pour transformer la chambre en bateau ivre, et le réel en fiction.”